En Lorraine sidérurgique, c'est maintenant plus au niveau des représentations que se joue l'enjeu du maintien d'une certaine forme de culture. D'où la nécessité ressentie de cultiver l'imaginaire et de rassembler et de conserver tout ce qui stimule cet imaginaire. Il s'agit bien en l'occurrence de conserver des traces de ce qui a fait le ciment des relations entre des hommes et donné à une communauté sa force et sa cohérence. Même si cette communauté n'est plus soudée sur le plan du réel, vu le déclin de l'activité minière, les hommes demeurent unis sur le plan de la symbolique.
Sauver la
mémoire syndicale
par Jean-Marie Conraud
pages 70 à 75
Intéressante en elle-même, la mémoire syndicale représente un élément important de la mémoire ouvrière qui, de son côté a suscité un certain nombre d'initiatives dans la région au cours des dernières années. Mais c'est également une composante, insuffisamment mise en valeur, certes, de l'histoire sociale, de l'histoire économique et de l'histoire politique de la Lorraine. Actuellement des documents irremplaçables disparaissent encore par négligence ou à cause de mauvaises conditions de conservation.
La mémoire
courte
par David Charrasse
pages 76 à 79
La mémoire est l'effort de recomposition d'un passé toujours menacé de décomposition. Accrochée à quelques images, elle se construit comme discours à grand renfort de gestes rituels et de formules. Comme ce texte, écrit de mémoire de sociologue : Longwy années 80.
Je voudrais imaginer de l'autre côté de la Méditerranée, Ulysse heureux d'avoir fait un beau voyage. L'Odyssée homérienne est une Méditerranée salutaire où l'exil serait un beau voyage, générateur de rencontres fraternelles et de partage de la même mer.
Poèmes
à Gaston Miron
par Tahar Bekri
pages 92 à 96
Poèmes
par Anne-Marie Brescia
pages 97 à 102
La notion occidentale de l'être se pense comme « la chose qui est », la notion bantoue comme la force qui est. Sans doute la philosophie africaine pourrait apporter la solution d'un des plus urgents problèmes : rendre un sens vivant dans ce monde moderne aux relations inter-humaines trop orientées vers des buts purement pragmatiques.
La vengeance,
entre mythe et réalité
par Besnik Bardi
pages 107 à 110
La question de la vengeance constitue une chronique noire dans l'histoire albanaise. Elle en a écrit les pages les plus glorieuses, que ce soit au niveau de l'individu ou celui de la collectivité. On dirait que la vengeance est la plaie la plus primitive, la plus obscure chez les Albanais. Elle a fait couler le sang et provoqué emprisonnements, attentes incertaines, regards de frayeur. C'est pour rejeter cette plaie profonde de la vengeance que la jeunesse et les intellectuels albanais de Yougoslavie ont commencé en février 1990 une action humanitaire de réconciliation du sang.
La conscience
et la mort
par Hubert Reeves
pages 111 à 112
Astrophysicien, Hubert Reeves ne nous parle pas ici du cosmos dans lequel nous vivons. Mais il jette un regard interrogateur et philosophe sur l'univers intérieur de l'homme, sa conscience de la mort, sa liberté et son rapport fondamental à l'autre. Celui qui donne sens à l'existence.
CITE-PASSERELLES:
Vue du large
par Robert Briatte
pages 6 à 12
Sur une carte postale ancienne, cette mention : « Tanger-la-Mystérieuse vue du large ». Cliché : la ville est un roman. Que tout le monde a lu ou feuilleté. Trottoirs défoncés. Pages cornées d'un livre, aux coins luisant d'ambre solaire.
DOSSIER:
MEMOIRES COLLECTIVES
En mémoire
de demain
par Daniel Laumesfeld
pages 14 à 24
La manière dont chaque époque ou civilisation va concevoir ce qu'est la Mémoire va dépendre en outre de l'état de ses systèmes de communication. Cependant les collecteurs de mémoire ouvrière de ce siècle empruntent encore beaucoup à leurs prédécesseurs folkloristes du XIXè siècle ; leurs données sur le monde prolétarien, syndical, populaire, demeurent prisonnières de l'illusion d'une mémoire-substance. Or le concept de mémoire peut être redéfini à travers de nouveaux paradigmes, comme mémoire créatrice, auto-organisée, complexe, qui ne signifie ni refoulement collectif, ni falsification « révisionniste ».
La mémoire
involontaire
par Philip Boulay
page 25
« ... l'immédiate, délicieuse et totale déflagration des souvenirs ». A la recherche du temps perdu. M. Proust.
L'oubli
par Elsa Solal
pages 26 à 30
« La femme a le pouvoir de la procréation, l'homme aura celui de la création... » La mémoire du silence s'est transmise de femme en femme, d'histoire en histoire avec des gestes, des traditions. Comme ce conte d'Andersen de la Petite Sirène. Que dit le conte ? Il parle de la perte, de la mort d'une jeune fille qui pour devenir femme, pour aimer un homme, doit perdre la parole, être muette. L'oubli, curieuse forme de mémoire...
Le théâtre
alchimique
par Anne Brenier
pages 31 à 37
L'Alchimie : une approche de l'acte créateur, et « Les voleurs de Mémoire » : pièce de théâtre contemporaine sur la mémoire de la mine où il sera question d'alchimie.
L'usine qui
fabriquait de la mémoire
par Aline Isserman
pages 38 à 40
Un jour les sirènes de l'usine ont hurlé, c'était la fermeture définitive de Micheville, toute une ville a pleuré. L'usine n'était plus rentable, l'acier qu'elle fabriquait était trop cher, mais fallait-il la détruire pour autant ? Elle était exemplaire de par son histoire et elle fabriquait quelque chose d'encore plus précieux et inestimable, elle fabriquait de la mémoire.
Le Big Bang culturel
par Jean Hurstel
pages 41 à 46
Interview de Jean Hurstel : « Lorsque je suis arrivé dans le Bassin Houiller en phase d'expansion en 1978, il était urgent de repérer les traces, les empreintes de la mémoire. C'est la raison pour laquelle nous avons engagé un travail systématique un peu fou, de repérage à travers les photos d'albums de familles minières dans les 26 communes du Bassin Houiller. Les photos ont déclenché les récits, la mémoire, si longtemps enfouis par la honte, la peur. Les photos et les récits conjugués ont donné naissance à l'écriture et à la représentation de photodrames présentés dans chaque cité. »
Petites histoires
de mémoire
par Guy Deffeyes
pages 47 à 53
L'historien hexagonal de cette fin de siècle a une conscience claire que si « l'incompréhension du présent naît fatalement de l'ignorance du passé », il lui faut également « comprendre le passé par le présent ». En ces temps de fins annoncées des idéologies, oublis, régressions, comparaisons, méthodologies, contradictions, résolutions, achoppements se bousculent en s'accélérant dans des certitudes différées d'une fin de siècle à tempérament historique et amnésique.
Mémoire
collective liée au monde du travail verrier : entre nostalgie esthétique
et exigence industrielle
par Idrissa Ouedraogo
pages 54 à 58
L'évocation directe ou indirecte des verriers se réfère à cette noblesse, ou tout au moins à l'artiste qui habite chaque verrier et le différencie de l'ouvrier de chez Renault par exemple. Ici il s'agirait non pas d'une spécialisation technique ou professionnelle, mais d'une socialisation où l'identité du verrier se confond avec sa pratique.
Requiem pour
Belleville
par Clément Lépidis
pages 59 à 61
Avec verve et une certaine virulence, dans un mouvement d'humeur sans complaisance, l'écrivain s'en prend à ceux qu'il juge responsables de la perte d'identité d'un quartier populaire très ancien, mosaïque si profitable qui colora le peuple bellevillois pour son plus grand bien. Mais les bulldozers sont venus détruisant la culture, la mémoire de cet espace autrefois florissant...