Editorial






 

 

 

 



« Il existait un endroit à Sarajevo où, à une certaine heure, montaient les rumeurs de la ville. Heure de midi. On pouvait y entendre, au même moment, l'appel des muezzins, les cloches des églises catholiques, les chants orthodoxes et les pas de ceux qui se rendaient à la synagogue. » Ces paroles, à quelques mots près, ont été tenues par Goran Bregovic compositeur de la musique du film d'Emir Kusturica, Le temps des Gitans.Une telle évocation, à l'heure où cette ville est presque détruite, alors que les pires crimes y sont commis de part et d'autre, particulièrement du côté de certains Serbes, résonne douloureusement.Quel lien peut-il exister, pour une revue comme la nôtre, entre Sarajevo, les rumeurs d'une ville, l'heure de midi où, ici, se joignent les prières et le film de Kusturica ? Les propos de Goran Bregovic résument les cheminements nécessaires à l'élaboration de Passerelles qui, à chaque publication, vous apporte une vision de la rencontre des cultures. Sarajevo est une ville-Passerelle, à l'image de la rubrique d'ouverture de nos pages : cité de rencontre entre l'Orient et l'Occident détruite sous le feu des armes, elle sera reconstruite ; non pas sur les ruines d'aujourd'hui, mais sur les fondations d'hier, comme Budapest que vous découvrirez dans ce numéro.Les rumeurs de la ville &emdash; au sens large du terme &emdash; sont aussi les matériaux sur lesquels nous travaillons : à l'écoute de ces flots de bruits, d'idées, au milieu desquels se développent les cités et les relations humaines de demain, nous essayons d'encourager ou de prévenir, ici par des textes, les tendances à venir ; l'article La Méditerranée vue par les Nordiques, dans la rubrique Regard de ce numéro, analyse l'espace de la mare nostrum sous un angle nouveau pour nous autres Latins.L'heure de midi, où chacun peut essayer de se trouver, à un moment donné, pour tenter de penser le monde. Et si chacun voit midi à sa porte, Passerelles essaye avec ses dossiers, d'un seuil à l'autre, de saisir la réalité sous de multiples angles. L'entretien avec Elio Baccavini, philosophe d'origine italienne, enseignant à l'Université de Zara en Croatie en apporte la preuve.Le film de Kusturica, lui, parle des Gitans &emdash; ou des Tsiganes &emdash; dont les itinéraires et les persécutions sont racontés dans notre dossier présenté sous le terme générique de nomadismes. Dans nos sociétés de plus en plus « sédentaires », on peut être plus attentifs au sort réservé aux nomades. L'histoire nous l'enseigne, les formes de mises à l'écart de tous les exclus indiquent la couleur du monde de demain.

Passerelles




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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